Jesse Owens, l’athlète noir face au Fuhrer

Jesse Owens aux Jeux de Berlin 1936

100 m, 200 m, relais 4×100 mètres, saut en longueur, l’athlète noir américain Jesse Owens réalise un quadruplé historique aux JO  de Berlin en 1936. Un exploit retentissant devant le chancelier nazi Adolf Hitler.

Des Jeux éminemment politiques. Comment ne pouvaient-ils ne pas l’être? Depuis, trois ans, Hitler est devenu le chancelier du Reich puis son président. Ses JO sont l’occasion pour le dictateur de démontrer la supériorité de l’Allemagne et de la race aryenne. Or, celui qui domine les Jeux est un noir américain d’Oakville: Jess Owens.

L’athlète, qui avait battu 6 records du monde en 1935 se présente sur 100 m, 200 m et saut en longueur. A la faveur d’un choix de l’entraineur américain du relais qui écarte deux athlètes juifs, il concourra également en 4 x 100 m.

Devant un Allemand au saut en longueur

Le 3 août 1936, Jesse Owens participe à la finale du 100 m. Favori après s’être qualifié en 10”2, soit le record du monde de l’époque (même s’il n’avait pas été homologué pour cause de vent trop favorable), Jesse Owens survole la finale qu’il emporte en 10”3 devant l’américain Ralph Metcalfe. Médaille d’or pour l’athlète noir américain.

Le lendemain, Jesse Owens se présente à l’épreuve de saut en longueur.  Il s’impose facilement grâce à un saut de 8 m 06 devant l’Allemand Luz Long, encouragé par tout un stade. L’allemand Luz Long, blond aux yeux bleus, prototype de l’aryen devint ami par la suite avec Jesse Owens. Sur 200 m, l’athlète de 23 ans n’a pas de concurrents. Ralph Metcalfe n’a pas réussi à se qualifier lors des sélections olympiques américaines. Jesse Owens empoche la course et le record du monde en 20”7. Il tiendra pendant quinze ans. Dernière épreuve, le relais dominé outrageusement par les Etats-Unis qui battent le record du monde en 39”8 et distance l’Italie de plus d’une seconde. Jesse Owens a conquis quatre médailles d’or, un exploit qui resta quarante-huit ans inégalé.

L’athlète noir devient, à Berlin, devant Adolf Hitler, l’un des plus grands sportifs de tous les temps. Il a été raconté pendant longtemps que le chancelier-président nazi avait refusé de serrer la main à Jesse Owens. Dans leur livre 1936 – la France à l’épreuve des JO de Berlin (Alvik)., les journalistes François Thomazeau et Fabrice Abgrall mettent à mal cette version de l’histoire. “Hitler n’était pas obligé de saluer Jesse Owens. Il est vrai en revanche que, dépité de voir, en saut en longueur, le Noir américain battre son favori, Lutz Long, le Chancelier du Reich a quitté sa loge plutôt que d’assister à la cérémonie de remise des médailles. La légende serait née de ce départ en catimini.”

Dans ses mémoires, Albert Speer, l’architecte du 3ème Reich affirme qu’ « Hitler était très contrarié par la série de triomphes du coureur noir américain Jesse Owens. Les gens dont les ancêtres viennent de la jungle sont primitifs, dit Hitler avec un haussement d’épaule ; leur physique est plus fort que celui des blancs civilisés et par conséquent ils devront être exclus des prochains Jeux. »

Pas d’appel du président Roosevelt

Pour Jesse Owens, ces victoires étaient aussi un moyen dedétruire le mythe de la suprématie aryenne. Ce n’était pas une sorte de préoccupation politique, parce que je crois que la politique ne doit pas avoir sa place sur un terrain de sport, mais quand on pense à ce qu’il disait et ce qu’il faisait, nous, les auxiliaires noirs de l’équipe de Etats-Unis, ceux que l’Amérique avait daigné sortir de leur misère pour affronter les surhommes, et bien nous étions là pour leur donner une leçon.»[1]

Pour autant, pour ce petit-fils d’esclave, ces victoires ne signifiaient pas non plus la reconnaissance de son pays. De retour aux Etats-Unis, il ne reçut aucun appel du président Franklin Delano Roosevelt, ni d’invitation à visiter la Maison Blanche. Son pays ne lui offrit une reconnaissance officielle qu’en 1976 quand Gerald Ford lui décerna la médaille présidentielle de la liberté. Une dizaine d’année après la fin officielle de la ségrégation raciale aux Etats-Unis.

La ségrégation, Jesse Owens l’a bien vécu. Comme tous les noirs américains. « Quand je suis revenu [après les JO de Berlin], je suis retourné dans mon pays natal et je ne pouvais m’asseoir à l’avant du bus. Je ne pouvais vivre où je voulais, » rapporte le NewYorkTimes, citant l’athlète noir américain des années après les JO de Berlin.

Jesse Owens meurt en 1980, à 66 ans. Aucun athlète de son vivant n’aura réussi à lui enlever son record de quatre médailles d’or en une olympiade.

Michaël Bloch


[1] 1936 – la France à l’épreuve des JO de Berlin, François Thomazeau et Fabrice Abgrall

1 commentaire sur ce postProposez le vôtre
  1. Interpretation complètement instrumentalisée et fausse historiquement ….
    Owens d’abord se fichait bien des problèmes raciaux en Allemagne et était moins bien traité dans son propre pays qu’il ne le fut en Allemagne .
    De même ce très grand Monsieur dit très simplement que Hitler le salua en retour en levant la main comme avec tous les autres participants ….
    Il ajouta qu’il ne reçut jamais le moindre télégramme ou encouragement de Roosevelt… Enfin le peuple Allemands fut très fair play et applaudit Owens comme tous les autres noirs avec enthousiasme il suffit de regarder les images…

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